Erik Guay prêt à  jouer ses dernières cartes

Erik Guay prêt à  jouer ses dernières cartes

Erik Guay. Photo : GI / FABRICE COFFRINI


Il a tout accompli sur le circuit de la Coupe du monde...ou presque. À 35 ans, Erik Guay chasse encore les titres, les médailles, les records. Le skieur a encore une main à jouer et il espère abattre un joker.

Un texte de Alexandre Gascon


« Je me dis qu'il me reste deux ans en ski alpin avant que je passe à autre chose. Les prochains Jeux, c'est ce que je me fixe comme objectif. Je vieillis, j'ai 35 ans, je vais en avoir 36 aux JO. Ensuite, ça va être le temps, à moins que ça aille extrêmement bien. »

Extrêmement bien, facile d'y lire entre les lignes : une médaille olympique. C'est la pièce manquante à son immense palmarès qui le consacre déjà comme skieur canadien le plus prolifique de l'histoire en Coupe du monde (23 podiums), champion du monde du monde de descente (2011) et gagnant du globe de cristal en super-G (2010).

Mais d'autres victoires, à l'appellation moins pompeuse et peut-être moins prestigieuses, le raviraient tout autant.

" À un moment donné, tu es fatigué de voyager tout le temps, d'être parti de la maison. De manquer Nöel, de manquer les fêtes, c'est de moins en moins le fun. Mais je suis motivé et je trouve qu'il m'en reste encore et c'est la raison pour laquelle je continue deux ans." Erik Guay


« À Wengen, je n'ai jamais fait de podium. Kitzbühel, j'ai fait des podiums, mais je ne suis jamais monté sur la plus haute marche. Saint-Moritz, c'est un endroit que j'adore, où j'ai très bien fait par le passé. J'ai fini 3e l'an dernier. Les mondiaux (qui s'y dérouleront en février 2017), ce pourrait être intéressant et sinon, Garmisch-Partenkirchen, c'est ma montagne. Celle que j'aime le plus et où j'ai eu le plus de succès. »

Non, Guay ne manque pas d'ambitions, seize ans après ses débuts sur le circuit.

Erik Guay. Photo : GI / Alexis Boichard/Agence Zoom

Et cette saison, qu'il ne croyait même pas être en mesure de disputer il y a à peine un an, il la voit comme une « deuxième chance ».

« On dirait que je pars début novembre avec de petites craintes d'habitude, de petits problèmes, de petits bobos. Cette année. je pars 100 % en forme », a-t-il raconté en marge du gala de la Fédération canadienne de ski alpin au mois d'octobre.

« Je me sens prêt, j'ai hâte de partir. Pour la première fois depuis cinq ans, j'ai pu m'entraîner comme j'ai voulu cet été. J'ai pu faire plus de musculation, plus de préparation en piste. En général, je me sens bien plus prêt pour la saison qui s'en vient. »

Sa garde rapprochée... se rapproche

Avec le temps et les succès sont venus les privilèges. Comme celui de pouvoir se faire bâtir un gymnase dernier cri, adapté aux besoins du skieur de haut niveau, dans son sous-sol.

Fini les aller-retour épuisants à Montréal. Le skieur de Mont-Tremblant, déjà « moins motivé que je ne l'étais durant l'été », pouvait se consacrer à l'entraînement, à sa femme et leurs trois filles.

Même son préparateur physique, Scott Livingston, qui travaille avec les athlètes épaulés par l'organisation B2dix, a déménagé à côté de chez lui.

« Je l'avais avec moi tous les jours, lance-t-il en référence à Livingston. C'est à lui de faire les aller-retour maintenant. [...] C'était son choix. Sa femme et lui voulaient déménager à Tremblant. Sa fille va à l'école avec ma fille. Elles sont meilleures amies. »

La dernière ligne droite

L'année dernière en était une « de retour » pour Guay. Il est passé sous le bistouri pour la dernière fois le 25 juin 2014 pour réparer un gros trou à la tête de l'os fémoral dans son genou gauche.

Il l'avait dit à l'avance, ce serait sa dernière opération.

Après une saison blanche, il était de retour sur les pistes l'an passé. Il lui a donc fallu du temps pour trouver son rythme, et y est parvenu à la fin de la saison en gagnant une médaille de bronze à Saint-Moritz.

Erik Guay à Sotchi. Photo : AFP / Fabrice Coffrini

Jamais n'a-t-il douté de lui toutefois.

« À mon âge, je n'ai pas besoin de résultats pour prouver que je suis encore dans le coup. Je le sens que je suis encore dans le coup », tranche-t-il.

« Ce n'est pas qu'il n'y avait pas de résultats non plus. J'ai commencé la saison à Val Gardena avec une 5e position. Garmisch, j'aurais pu gagner assez facilement si je n'avais pas commis une erreur en bas de piste. Même Kitzbühel, ç'a très bien été, c'est juste qu'il y avait de grosses chutes juste avant moi. J'ai bien skié et j'ai fini pas loin. J'ai eu un peu de malchance quand même l'année passée. Il n'y a pas un moment où je me suis dit : "c'est fini, je ne suis pas dans le coup, je suis trop loin". Vraiment pas. »

Les Jeux d'hiver de Pyeongchang en Corée du Sud arrivent à grands pas. Au fil de la discussion, on sent qu'au fond, il est là le véritable motif derrière cette motivation vacillante l'été, mais intacte lorsque l'hiver s'étend.

Quatrième à Turin, deux fois cinquième à Vancouver, Guay ne veut pas en rester là. Il veut jouer sa dernière main, son dernier grand coup de poker.

« J'ai envie d'être là, assure-t-il, ne voulant absolument pas confirmer qu'il tirera sa révérence au terme de la saison 2017-2018. Le moment où je n'aurai plus envie de faire du ski, je vais passer à autre chose. »

Il se peut que ce moment approche. En attendant, Guay reprendra le collier lors du super-G de Val d'Isère, vendredi.


Source: Radio Canada Sports