Valérie Grenier, l'enfant prodige du ski alpin canadien

Valérie Grenier, l'enfant prodige du ski alpin canadien

C'était le 25 janvier 2015. Du haut de la pente à Saint-Moritz, la petite Canadienne de 18 ans s'est avancée, dossard numéro 50 sur le dos. Un dossard obscur, un numéro qui garantit généralement l'anonymat. Et là, elle a surgi hors des portes.

Un texte de Alexandre Gascon


Valérie Grenier a dévalé la pente du super-G suisse à toute vitesse, sans se poser de questions. Après tout, encore d'âge junior, la Franco-Ontarienne n'en était qu'à un troisième départ en Coupe du monde.

« C'était un peu bizarre parce qu'il y avait une porte en bas qui était super difficile. Il y a beaucoup de monde qui est sorti, alors c'était un mélange d'émotions. Vu qu'il y avait moins de coureuses qui avaient terminé la course, c'était un peu décevant. Mais en même temps, 13e à une de mes premières Coupes du monde, c'était incroyable. Je suis arrivée en bas et je n'arrivais pas à y croire », se rappelle la skieuse, aujourd'hui âgée de 20 ans.

Finir 13e, lorsqu'on part 50e, que personne ne nous connaît sur le circuit international, c'est plus qu'anecdotique, c'est très prometteur. C'est un petit exploit dans le monde du ski.

« C'est sa première marque sur la Coupe du monde, lance sa coéquipière de l'équipe canadienne Marie-Michèle Gagnon. Quand tu pars 50e, les gens arrêtent de regarder. Le fait qu'elle ait été capable de faire ça a montré qu'elle est à regarder. »

Valérie Grenier
Valérie Grenier PHOTO : FRANCIS BOMPARD/AGENCE ZOOM
Gagnon ne tarit pas d'éloges à propos de sa jeune coéquipière qui intègre pour une première année complète l'équipe senior. Elle parle d'« un talent », de « la relève ». Des échos qui se répercutent et qu'on entend aussi dans l'entourage de la Fédération canadienne de ski alpin.

"Il faudra la surveiller à l'avenir, parce que dès qu'elle aura un meilleur dossard de départ, elle sera très compétitive" Marie-Michèle Gagnon, coéquipière de la formation canadienne

Spécialiste de la vitesse (descente, super-G), Grenier est aussi passionnée des épreuves techniques (slalom, slalom géant). Et elle excelle présentement partout où elle pose les skis.

Domination chez les juniors

Grenier a confirmé les attentes qu'on plaçait en elle aux Championnats du monde junior de Sotchi en février dernier. La skieuse originaire de Saint-Isidore, en Ontario, est devenue championne du monde de descente et vice-championne du super-G.

Elle pourrait retourner y défendre son titre cette année, le programme exact de sa saison reste à définir. Mais si tout va bien, le but est de la garder sur le circuit de la Coupe du monde pour lui permettre d'acquérir le plus d'expérience possible.

Son ancien entraîneur, Jacques Gratton, a osé faire le parallèle avec un nom lourd à porter, celui de Mélanie Turgeon.

Parions que Canada Alpin l'appelle aussi de tous ses vœux. L'équipe féminine bat de l'aile depuis les départs à la retraite de Britt Janyk et de Kelly Vanderbeek. Elle se cherche même un nouveau porte-étendard depuis les années de Geneviève Simard et de Mélanie Turgeon.

Malgré tous ses succès, la principale intéressée n'a pas encore choisi ses préférences.


Valérie Grenier PHOTO : FRANK GUNN


« Je pense que ç'a toujours été la vitesse, mais j'aime tellement la technique aussi. Quand j'étais jeune, j'adorais le slalom, mais quand c'est devenu les longues portes, j'ai trouvé ça plus difficile. J'étais vraiment petite et ça me poussait chaque fois que je les frappais. À ce moment-là, j'ai moins aimé le slalom, je me suis plus dirigée vers la vitesse. »

« Maintenant que j'ai grandi, enchaîne-t-elle, toutes les disciplines m'intéressent. »

La Fédération nationale a même organisé des essais pour déterminer qui, parmi trois jeunes skieuses, aura le privilège de prendre le départ du slalom le 12 novembre à Levi, en Finlande. Contre deux pures techniciennes, Grenier s'est imposée.

Un diamant brut

Timide, légèrement insouciante, une attitude typique à 20 ans, Grenier veut tout voir, tout faire, dominer partout.

Elle a d'ailleurs fondu en larmes à l'adolescence lorsqu'elle a compris qu'elle devrait abandonner le ski nautique, son autre passion, pour se concentrer uniquement sur le ski alpin.

Mais pour l'instant, l'heure n'est pas aux choix, « c'est possible » de cumuler les quatre disciplines, dit-elle.

« Ça va juste être une saison occupée. [...] Je ne veux pas me concentrer à faire juste une discipline pendant que je suis encore jeune. Je veux vraiment garder mes options ouvertes. J'en profite pendant que je suis capable de toutes les faire. »


Valérie Grenier lors de la descente d'entraînement vendredi à Saint-Moritz PHOTO : ALAIN GROSCLAUDE/AGENCE ZOOM


"Je suis rendue à un niveau où j'ai l'impression que je suis assez bonne pour être contre les meilleures au monde. Ça m'encourage et ça me donne la confiance nécessaire pour les Coupes du monde."

Valérie Grenier
Les épreuves de Lake Louise, en Alberta, approchent à grands pas. La skieuse maintenant installée au Mont-Tremblant les a marquées d'une croix sur son calendrier.

Forte de sa 16e position au super-G l'an dernier, Grenier veut à nouveau marquer les esprits devant ses compatriotes.

Au sommet de sa forme

Il y a deux ans, Grenier a reçu un diagnostic de syndrome des compartiments aux jambes. Elle a décidé de se faire opérer en avril dernier.

« Chaque fois que je faisais des entraînements physiques, je ne pouvais pas courir ou faire des sauts. La pression montait dans mes tibias et c'était vraiment trop. Ça faisait tellement mal que je ne pouvais rien faire. Et même en ski, quand les conditions étaient vraiment difficiles, j'avais de la misère parce que ça faisait tellement mal dans mes bottes. [...] Je suis presque à 100 % maintenant. »

Envolés du même coup, les problèmes de dos qui l'agaçaient habituellement pendant ses entraînements estivaux.

Libérée de ses maux, cette « grosse différence » permet à Valérie Grenier de rêver à des places parmi les 15 premières régulièrement cette saison en descente et en super-G. Même si elle représente le département canadien féminin de vitesse à elle seule, elle dit ne pas en ressentir la pression.

On aura un premier aperçu de la forme de la skieuse dès le 12 novembre à Levi.

Source: Radio Canada Sports