Laurence St-Germain : L'art de conjuguer: Étudier et Skier

Laurence St-Germain : L'art de conjuguer: Étudier et Skier

Après sa course à la Coupe du monde de Killington, à la fin de novembre, Laurence St-Germain a montré son casque à la caméra. Non, elle ne voulait pas offrir de la visibilité à un commanditaire. De toute façon, comme elle évolue dans le réseau universitaire américain, il n’y a pas droit.

La slalomeuse de Saint-Ferréol-les-Neiges arborait plutôt le logo des Catamounts de l’Université du Vermont, l’équipe qu’elle représente depuis deux ans.

En ski alpin, la conjugaison du sport et des études relève presque de l’utopie. À un certain niveau, les longs voyages se multiplient, hiver comme été. La préparation physique est exigeante. Les entraîneurs nationaux, payés pour des résultats, exigent un engagement total. À moins d’avoir une discipline de fer et de suivre un programme à distance, les skieurs doivent souvent mettre les livres de côté.

Pour un deuxième hiver, Laurence St-Germain jonglera avec ses études en sciences informatiques et les circuits de la Coupe du monde et de la NCAA. Pour y arriver, elle doit compter sur l’indulgence de ses professeurs et entraîneurs.

« C’est vraiment beaucoup de gestion, il faut que je m’y prenne à l’avance », a raconté l’athlète de 22 ans peu avant l’épreuve de Killington.

DOUBLE EXCLUSION

Issue d’une famille de skieurs (son père Jean-François a fait partie du Pro Tour en bosses), Laurence St-Germain n’avait pas prévu suivre ce parcours atypique. Meilleure junior au pays en slalom en 2013, elle a participé aux Championnats du monde dans sa cour arrière au Mont-Sainte-Anne, en compagnie de son frère aîné William.

Promue dans l’équipe canadienne de développement, elle a peiné l’hiver suivant. De plus jeunes l’ont dépassée. Conséquence, elle est passée à la trappe au printemps 2014, comme son frère et quelques jeunes skieurs prometteurs. Elle n’a même pas reçu d’invitation pour le camp de sélection. En ce début de cycle olympique, les ressources se faisaient rares à Canada Alpin, qui a préféré miser sur ses rares valeurs sûres et des skieurs encore plus jeunes.

« Ils m’ont dit que j’étais trop vieille, il faut faire absolument des résultats », a expliqué celle qui avait 19 ans à l’époque.

Résignée, elle s’est tournée vers l’équipe du Québec, qui l’a reprise dans ses rangs. L’idée de retourner sur les bancs d’école a germé. Elle se souvenait comment Ève Routhier, une partenaire d’entraînement, avait dû trimer en retournant à l’Université Laval à la fin de son parcours avec l’équipe canadienne, à l’âge de 26 ans.

« L’école, c’est presque juste pour me rassurer. Quand j’aurai fini de skier, j’aurai un diplôme, ce sera moins compliqué. »

— Laurence St-Germain

Comme son frère William, elle a accepté une bourse à l’Université du Vermont, située à Burlington. Son souhait : retourner aux Mondiaux juniors pour sa dernière année d’admissibilité.

Dirigée par l’entraîneur Jimmy Cochran, un vétéran de l’équipe américaine de Coupe du monde, elle a retrouvé ses repères et enregistré quelques bons résultats sur le circuit de développement Nor-Am. Ce ne fut pas suffisant pour convaincre Canada Alpin de l’inviter aux Championnats du monde. Ce deuxième camouflet a été difficile à encaisser.

« C’était ma dernière chance pour les Mondiaux juniors. Ça m’avait vraiment fait mal, j’étais vraiment déçue. À ce moment-là, je me suis demandé si je n’aurais jamais même une chance de faire partie de l’équipe nationale. »

RETOUR DANS L’ÉQUIPE CANADIENNE

Le plaisir de skier et la possibilité de combiner sa passion avec des études l’ont convaincue de poursuivre sa carrière. Vice-championne de la NCAA, St-Germain a tiré les marrons du feu à la fin de la saison 2015, terminant deuxième des deux derniers slaloms en Nor-Am. Cette fois, pas d’incertitude, ces deux résultats lui ont valu une place en bonne et due forme dans l’équipe canadienne.

St-Germain a donc fait ses débuts en Coupe du monde l’hiver dernier, terminant 27e à son tout premier départ à Aspen. La technicienne n’est pas parvenue à marquer d’autres points par la suite, mais elle est passée proche à quelques reprises, incluant une 31e place à Flachau, en Autriche.

À l’aube de la nouvelle saison, elle s’est blessée à un genou lors d’un stage au Chili en septembre. Elle a manqué deux mois d’entraînement sur neige. Elle en a profité pour avancer son baccalauréat au Vermont, ce qui a permis de réduire la pression entourant sa rééducation.

Guérie juste à temps pour l’ouverture de la saison, le 12 novembre, à Levi (49e), elle doit encore combler le déficit musculaire de sa jambe gauche. À Killington (41e) et Sestrières (37e), elle s’est rapprochée de son objectif de réintégrer les 30 premières.

En marge des épreuves Nor-Am de Panorama, en Colombie-Britannique, il y a une dizaine de jours, St-Germain a passé ses deux derniers examens de session sous la supervision de son entraîneur des Catamounts, grâce à un arrangement avec ses professeurs.

Elle s’est malheureusement refait mal au genou lors d’un entraînement. « Rien de bien grave, mais je dois prendre deux, trois semaines de repos », a-t-elle précisé dans un courriel. Elle doit donc faire une croix sur le slalom de Semmering (Autriche), prévu le 29 décembre.

Avec l’Ontarien Morgan Megarry, son coéquipier au Vermont, St-Germain est la seule représentante de l’équipe canadienne à mener de front des études à temps plein. À sa connaissance, aucune de ses rivales sur le Cirque blanc n’en fait autant.

Pour l’heure, ses entraîneurs de l’équipe canadienne s’accommodent de ce double emploi.

« Je ne leur donne pas [à mes entraîneurs] beaucoup de choix parce que [l’école], c’est vraiment une de mes priorités. Ils ont hâte que je finisse ! »

— Laurence St-Germain

L’entraîneur-chef Manuel Gamper ne s’en cache pas. « Le but est qu’elle s’engage complètement avec nous à l’avenir et qu’elle passe le même nombre de jours sur neige que le reste de l’équipe, disait-il à Killington. C’est vraiment important pour franchir le prochain palier. »

L’an prochain, St-Germain prévoit mettre ses études de côté dans l’espoir de se qualifier pour les Jeux olympiques de Pyeongchang. Elle souhaite ensuite obtenir son diplôme en 2019.

Avec le recul, la slalomeuse « ne regrette rien » de ce crochet forcé vers l’université. Au contraire, il lui permet de relativiser ses performances en ski et lui assure un avenir professionnel après sa carrière. Comme elle le dit : « Le ski, ce n’est pas une vie, c’est presque un rêve. »

Source: Simon Drouin - La Presse