En route vers la Coupe du Monde – En tant qu’entraineur

En route vers la Coupe du Monde – En tant qu’entraineur
Raconté par Tim Gfeller, entraineur-chef de l'équipe de Coupe du Monde féminine norvégienne

Tim Gfeller et l'équipe norvégienne.

En tant que jeune entraineur avec l’équipe NCO, je me suis souvent demandé ce qu’il fallait pour participer à la Coupe du Monde en étant entraineur. J’ai toujours su que je voulais faire carrière dans l’entrainement de ski, j’étais satisfait avec l’équipe NCO mais j’ai aussi ressenti que j’en voulais plus. En regardant le tournant que ma carrière avait pris, j’aurais apprécié recevoir quelques conseils au fil du temps. Alors voilà une sélection de mes expériences et mes réflexions qui, je l’espère, répondront au moins à certaines questions que les jeunes entraineurs peuvent avoir au sujet de leur carrière.

Pour commencer, un peu de mon histoire en tant qu’entraineur. J’ai commencé à temps plein assez jeune (18 ans), en travaillant d’abord pour l’équipe NCD et ensuite NCO, une fois que la NCD et la Zone de l’Outaouais ont fusionné. Entre les équipes NCO et NCD, j’ai entrainé dans la région pendant 9 ans – allant d’entraineur K2 à entraineur FIS puis Directeur des programmes. J’ai ensuite gradué au niveau provincial où j’ai passé trois ans avec l’équipe du Québec – un an en tant qu’entraineur assistant et ensuite deux années en étant entraineur-chef de l’équipe masculine.

En 2006, je me suis dirigé vers l’équipe nationale canadienne, où j’ai passé huit ans avec l’équipe féminine. J’ai commencé à travailler en Coupe du Monde pendant deux ans puis je suis descendu superviser un groupe de jeunes femmes talentueuses pour la Coupe d’Europe /Coupe NorAm. Je suis resté avec ce groupe pendant six ans, retournant à la Coupe du Monde avec elles en 2010. Après les Jeux olympiques de Sochi, on m’a proposé le poste d’entraineur-chef de l’équipe norvégienne féminine de Coupe du Monde.

Tim Gfeller avec Marie-Michèle Gagnon et Brittany Phelan lors des Jeux de Sotchi.

J’ai beaucoup appris sur le terrain après toutes ces années. Si je pouvais revenir en arrière, j’aurai adoré que l’on me partage ces informations. C’est pourquoi je vous les livre aujourd’hui.

1. Apprenez chaque jour. N’ayez pas peur de faire des erreurs.
En ski alpin comme pour la plupart des choses de la vie, le meilleur moyen d’apprendre c’est en pratiquant. Bien sûr, vous prendrez de bonnes leçons lors des courses ou pendant des séminaires, ou encore en ayant plus d’entraineurs expérimentés autour de vous. Mais la seule façon pour vous de devenir un entraineur de niveau mondial c’est en évaluant tout ce que vous faites, en décidant comment vous allez devenir meilleur et faire les ajustements nécessaires. Les meilleurs entraineurs du monde sont ceux qui n’ont pas peur d’admettre leurs erreurs et d’apprendre de celles-ci. N’ayez pas peur de faire des erreurs; J’en fais tous les jours.

2. Parlez de ski
On a tellement d’autres préoccupations quand on est entraineur de ski qu’on en oublie souvent la vraie raison de notre présence ici. La plupart de nos conversations ou réunions tournent autour des sujets tels que les budgets, les hôtels, les voitures, l’équipe, les courses de sélection et le lieu d’entrainement…On oublie souvent de parler de ski!!! Plus je parle de ski plus j’ai d’idées, même si je parle à quelqu’un qui n’y connaît rien au sport. Ça me garde mentalement engagé dans le sport et ça m’aide à avoir de nouvelles idées pour trouver comment atteindre nos objectifs sur la neige. Spécialement quand vous faites partie d’une équipe d’entraineurs, c’est quelque chose qui devrait arriver tous les jours – prenez le temps de parler de ski.

3. Ne sautez aucune étape
C’est important d’apprendre à développer les athlètes à tous les niveaux dans le sport, mais aussi de voir si vous êtes capable de les développer à ces niveaux-là. Entrainer en Coupe du Monde n’est pas fait pour tout le monde. Il y a beaucoup de voyage loin de chez nous (actuellement, je suis en voyage environ 330 jours/an), et la pression pour réussir est incroyable. En entrainant à tous les niveaux, vous commencez à voir les exigences au fil du temps et cela vous permettra de prendre de meilleures décisions pour votre carrière. Peut-être que vous découvrirez que vos forces résident dans les U16, au niveau FIS, ou à l’équipe provinciale. Ce n’est pas parce que quelqu’un entraine en Coupe du Monde, qu’il est meilleur qu’un autre entraineur qui travaille avec les athlètes U16 ou les athlètes de la FIS. Quelques-uns des meilleurs entraineurs du monde peuvent être amenés à travailler avec des équipes juniors.
Comme vous atteignez ce niveau, il vous faut plus que de la passion pour le ski. Il vous faut développer une passion pour la compétition et pour la gagne. En Coupe du Monde, nous devons être guidés par tout ce qu’il est possible de faire pour vraiment être le meilleur et prendre la tête de la compétition – dans le respect des règles, bien sûr.

4. Tournez-vous vers des mentors pendant votre chemin
Bien que la meilleure façon d’apprendre soit en faisant les choses, il reste important d’avoir des personnes autour de soi en qui on a confiance, qu’on respecte et dont on peut apprendre. Les Mentors sont ceux qui vous montreront les choses importantes et vous donneront les conseils qui vous guideront tout au long de votre carrière. Je pense souvent à trois personnes qui m’ont le plus influencé à ce sujet – Conrad Guay, Don Lyon et Hugues Ansermoz. Travailler avec eux a influencé ma manière de penser à la fois sur les pistes et ailleurs et m’a aidé à adopter certains points cruciaux dans ma carrière. En tant que jeunes entraineurs, vous avez besoin de mentors comme ça.

5. Apprenez à prévoir et devenez pointilleux
En Coupe du Monde, le ski est seulement une partie de l’équation qui mène au succès – Il y a tellement d’autres facteurs qui contribuent à gagner à un tel niveau. La plupart d’entre eux sont apparemment de petits détails qui demandent une organisation méticuleuse. Avec notre équipe, on prévoit chaque chose que l’on fait et chaque détail est organisé, qu’il s’agisse de détails quotidiens, mensuels, annuels ou pour quatre ans.
Chaque jour où l’on s’entraine, on sait exactement qu’elle distance on va parcourir, on imprime des listes de départ pour l’équipe, on commence précisément à l’heure avec une première course (jamais avant, jamais après le départ), on sait exactement combien de courses on va faire, etc. À plus grande échelle, après la saison d’entrainement estival, je sais exactement combien de sessions de chaque discipline chaque athlète aura besoin, combien de portes ils skieront et je prévois exactement où on obtiendra ces chiffres.
C’est une partie importante du développement de son propre professionnalisme – c’est quelque chose dont les athlètes ont tout autant besoin pour réussir à ce niveau. En Coupe du Monde, on ne fait rien sans l’avoir préalablement planifié et rien n’est laissé au hasard.

6. Devenez un étudiant du sport
Étudiez ce qu’il se passe sur les pistes comme en dehors dans notre sport. Pour être un bon entraineur, vous devez savoir exactement savoir comment le tout fonctionne, ensemble – le choix des skis et des bottes, quelles courses faire ou non, etc. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en considération pour arriver au succès et si l’un d’eux est, ne serait-ce que légèrement instable, vous ne gagnerez pas alors que la compétition se resserre. L’une des choses que j’apprécie le plus en Norvège c’est le département de la science des sports en ski alpin. On est constamment en train de faire des recherches, d’essayer d’en apprendre toujours plus à propos du sport et ce qui nous fera aller plus vite, et ça, c’est ce que devrait être l’entrainement de ski aujourd’hui.

7. Comprendre l’importance de l’équipe et de la culture.
Le ski est clairement un sport individuel. Mais les dynamiques et la culture d’une équipe seront ce qui apportera le succès à répétition pour chaque athlète. Les athlètes et les membres de l’équipe devraient travailler ensemble afin de se pousser mutuellement à devenir meilleurs et à l’être – c’est la meilleure façon d’avoir du succès. Si vous avez une équipe d’individualistes, travaillants seuls, vos chances de gagner en seront vraiment réduites. Ce n’est pas une valeur facile à comprendre et à insuffler à de jeunes entraineurs. Vous devez choisir quel genre de culture vous voulez pour votre équipe et l’implanter.

Voilà les quelques principes que j’ai développé au cours des deux dernières décennies dans le sport. Entrainer en Coupe du Monde est très exigeant, mais si vous avez la passion du ski et la passion de la compétition, c’est une expérience incroyablement enrichissante.

Tim Gfeller – Entraineur Chef, Équipe de Coupe du Monde féminine Norvégienne

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