Les belles années de Marie-Michèle Gagnon

Les belles années de Marie-Michèle Gagnon

Un changement d'entraîneur, une remise en question, des départs à la retraite de ses amies, un début de saison difficile et une fin de rêve : la dernière année de Marie-Michèle Gagnon sur les pentes aura été, pour le moins, rocambolesque. La voici en quête de constance pour 2016-2017.


La skieuse de Lac-Etchemin a soufflé 27 bougies au mois d'avril. L'heure est venue de mettre à profit toute l'expérience accumulée sur le circuit de la Coupe du monde, l'heure est venue de récolter le fruit de ses investissements, de ses efforts.

C'est, en tout cas, sa théorie.

« Au Canada, je pense que notre sommet, notre apogée (peak) est toujours un peu plus tard que les autres pays. On n'a moins de culture de ski alpin, on fait moins de ski quand on est jeune. Il y a des glaciers en Europe, les jeunes passent leurs étés sur les glaciers, ils ont beaucoup plus de millage. Nous, on les rattrape tranquillement », explique-t-elle.

Les trois, quatre prochaines années seront celles où je devrais récolter le plus de résultats. On verra.

Marie-Michèle Gagnon
Remplie de confiance, « prête comme jamais », souriante, Gagnon projette l'image d'une athlète en mesure de défendre ses assertions.

Reprendre où elle a laissé

On est loin du discours pessimiste tenu l'an dernier lorsque ses prestations sur la montagne n'étaient pas à la hauteur. Quand ses coéquipières et amies Marie-Pier Préfontaine et Larisa Yurkiw discutaient ouvertement de la fin de leur carrière et qu'elle-même s'interrogeait, le moral plombé par une ambiance pourrie, « plate », où « tout le monde s'est remis en question ».

Le mot retraite a même été évoqué, mais elle le balaie aujourd'hui du revers de la main, affirmant n'y avoir jamais réellement pensé.

C'est que le nouvel entraîneur et ses méthodes « vieux jeu » ne convenaient pas. Mais pas du tout.

La fédération canadienne de ski alpin a entendu le message et a fait le ménage en congédiant l'Autrichien Roland Pfeifer. À la dernière course de la saison, l'équipe nationale féminine accueillait déjà Manuel Gamper qui a assaini l'air qui se raréfiait autour des skieuses. Gagnon avait toutefois déjà retourné la situation.

Marie-Michèle Gagnon participe au slalom géant de Sölden, en Autriche PHOTO : JOE KLAMAR


« La première partie ç'a été difficile, je revenais de blessures (trois dislocations de l'épaule pendant la saison 2014-2015), j'ai eu de la difficulté à m'ajuster avec le personnel d'entraîneurs qu'on avait. La philosophie était un peu vieux jeu. Travail, travail, travail, regarde la vidéo, toujours en mode ski alpin. C'est tellement important d'être concentré sur la piste, mais quand on s'en va, il faut passer à autre chose. Mentalement, c'est trop dur de penser comme ça. Tu perds le plaisir dans ce temps-là », raconte la skieuse rencontrée en marge du gala de début de saison de Canada Alpin, à Montréal, à la fin du mois d'octobre.

Gagnon a toutefois rebondi avant la fin de la campagne et elle y a mis la manière. Deux podiums en l'espace de deux semaines dont la deuxième victoire de sa carrière en Coupe du monde au super combiné de Soldeu, à Andorre. De quoi chasser les doutes et laver ses idées noires.

Objectifs flous, mais ambitieux

La Québécoise le répète inlassablement dès qu'on lui pose la question : elle n'aime pas chiffrer ses ambitions, même si l'on sent qu'elle ne se contentera pas de grenailles cette année.

Elle lorgne les Championnats du monde en mars 2017 disputés à St-Moritz, en Suisse, où elle pourrait briller. Voilà une piste qui lui réussit depuis toujours, un sentiment renforcé par sa 5e place au slalom géant pour conclure la saison du grand cirque blanc l'an passé.

Elle se permet donc de rêver un peu.

« C'est sûr, je vais être super heureuse si j'ai une médaille aux Championnats du monde, c'est ça le but. Tu arrives 4e, 5e, personne ne se le rappelle, il faut vraiment aller chercher une médaille. Ce serait un rêve, mais ce n'est pas comme : "il faut que j'aille chercher une médaille". Je performe à mon mieux et j'ai une chance. »

Sa 17e place acquise au slalom géant de Sölden, en Autriche, en lever de rideau de la saison ne l'énerve pas outre mesure. Gagnon se disait prête pour toute la saison, « sauf pour celui-là », s'esclaffe-t-elle.

Autant ménager son énergie, son programme ne sera pas de tout repos. Gagnon mise évidemment sur les épreuves techniques, mais elle s'élancera davantage dans les épreuves de vitesse en 2016-2017.

Bref, c'est une bonne chose qu'elle entre dans ses « meilleures années », elles seront occupées.

Source: Radio Canada Sports